Il y a d’abord eu un nom. Puis deux. Puis dix. Et à mesure que la liste s’allongeait, une question s’imposait, d’abord chuchotée sur les forums, puis reprise jeudi jusque dans le Bureau ovale : est-ce vraiment un hasard ?
Depuis mi-2023, une série de morts et de disparitions inexpliquées frappe des scientifiques liés à des programmes américains parmi les plus sensibles, des laboratoires nucléaires à la NASA, en passant par la recherche sur la fusion et l’aérospatiale militaire. Interrogé mercredi lors du point presse quotidien, le bureau de la porte-parole Karoline Leavitt a confirmé que l’administration Trump examinait les dossiers. Jeudi, le président lui-même est monté au créneau.
Face aux caméras de Fox News, Donald Trump n’a pas cherché à minimiser. Il a dit avoir été briefé, qualifié l’affaire de “pretty serious stuff”, et promis des éléments dans “la semaine et demie qui vient”. Le ton tranchait avec les formules diplomatiques habituelles du discours officiel sur ces dossiers longtemps cantonnés aux marges de la presse.
Officiellement, rien ne relie encore ces affaires entre elles. Les autorités n’ont établi aucun lien concret, et certains élus réclament simplement un examen plus attentif. Mais la liste, elle, parle d’elle-même.
Le point de départ remonte à l’été 2023, avec la mort de Michael David Hicks, vétéran de 24 ans au Jet Propulsion Laboratory de la NASA. Depuis, les cas se sont accumulés, presque toujours dans le même écosystème : Los Alamos, le JPL, des sous-traitants de la défense, le MIT.
Parmi les noms documentés par Newsweek et l’International Business Times figurent William “Neil” McCasland, major-général retraité de l’Air Force et ancien patron du Air Force Research Laboratory, porté disparu le 27 février 2026, Monica Reza, à la tête du groupe Matériaux au JPL, disparue le 22 juin 2025 lors d’une randonnée en Californie, Anthony Chavez et Melissa Casias, tous deux liés au laboratoire de Los Alamos, volatilisés au printemps et à l’été 2025, Steven Garcia, sous-traitant gouvernemental au Kansas City National Security Campus, disparu fin août 2025, Nuno Loureiro, physicien portugais et directeur du Plasma Science and Fusion Center du MIT, abattu dans le hall de son immeuble du Massachusetts en décembre 2025, Carl Grillmair, astrophysicien de 67 ans à Caltech, assassiné chez lui en février 2026, Frank Maiwald, ingénieur principal au JPL, mort en juillet 2024 sans cause publiquement communiquée, et Jason Thomas, chercheur en biologie chimique chez Novartis, disparu en décembre 2025 puis retrouvé mort en mars 2026.
Personne, à ce stade, n’affirme qu’il s’agit d’un complot. Les enquêtes avancent séparément et aucune preuve concluante d’un schéma coordonné n’a émergé. La femme de Jason Thomas a par exemple confié à l’émission Dateline que son mari traversait une période difficile depuis la mort de ses parents, et aucun élément criminel n’a été retenu dans son cas.
Mais la concentration géographique, thématique et temporelle trouble les observateurs. Les institutions concernées sont au cœur du nucléaire militaire, de la propulsion avancée et des technologies énergétiques de nouvelle génération, des domaines où le renseignement étranger a toujours prospéré.
Le cas du général McCasland alimente particulièrement les spéculations. Ancien de la base de Wright-Patterson dans l’Ohio, il était associé à des programmes classifiés qui nourrissent depuis des décennies les théories sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés. Un élément qui attire l’attention de la communauté ufologique, sans constituer une preuve en soi.
Derrière les hypothèses, il y a des maisons vides. Celle d’Anthony Chavez, où son portefeuille, ses clés et ses cigarettes étaient restés sur la table du salon, sans trace d’effraction, et où les chiens renifleurs n’ont rien trouvé. Celle de Monica Reza, partie marcher dans la forêt d’Angeles un matin de juin et jamais revenue. Celle de McCasland, 68 ans, volatilisé du Nouveau-Mexique un matin d’hiver.
Pour leurs proches, les déclarations présidentielles de jeudi sonnent comme un mélange d’espoir et d’angoisse. Espoir que la machine fédérale se mette enfin en mouvement. Angoisse que cette mise en mouvement confirme le pire.
Trump a dit espérer le hasard. Il n’y croit visiblement pas tout à fait. Les dix prochains jours diront si l’Amérique non plus.
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