Nayouma Yé
Alors qu’on croyait la guerre entre le Rwanda et son voisin congolais en voie de résolution, grâce à l’intervention de Donald Trump qui avait obtenu un cessez-le-feu au forceps, la conférence de Paris du 30 octobre dernier est venue brouiller les cartes. Les deux belligérants s’y sont séparés à couteaux tirés, chacun rejetant sur l’autre la responsabilité d’un conflit sans fin.
Lors de cette conférence « de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs », le ton est monté entre Kigali et Kinshasa. Le président Tshisekedi a accusé son homologue rwandais de visées hégémoniques et déstabilisatrices, violant la résolution 2773 de l’ONU qui, selon lui, « est un impératif juridique et politique que chacun doit faire respecter ». Le Rwanda, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a rejeté ces accusations, affirmant qu’« il n’y a pas d’urgence humanitaire à Goma » et refusant la réouverture de l’aéroport, pourtant recommandée par les participants au sommet.
Malgré la pression de Donald Trump, qui a menacé Kigali de sanctions économiques, le conflit à l’est du Congo, déclenché en 1996 et ayant conduit à la chute de Mobutu en mai 1997, demeure entier. Au centre de cette crise : Paul Kagamé. Principal artisan du déclenchement du conflit, il affirmait vouloir « poursuivre et châtier » les miliciens Interahamwe, bras armé du génocide des Tutsis en 1994, réfugiés à l’est du Congo après avoir causé environ 800 000 morts. Cet objectif initial s’est mué en guerre contre le régime de Mobutu, provoquant son renversement. Depuis, la mainmise du Rwanda sur le Kivu reste totale à travers le M23, groupe rebelle accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité (trois à six millions de morts selon certaines sources).
L’homme mince de Kigali fascine autant qu’il irrite. Pour les uns, il est le père du Rwanda moderne ; pour les autres, un prédateur qui pille et endeuille son voisin géant. Né en 1957 et exilé en 1961 après le premier génocide tutsi, Kagamé est un soldat dans l’âme. Il a servi dans l’armée ougandaise dès 1979 aux côtés de Yoweri Museveni contre le régime d’Idi Amin Dada, avant de conduire le Front patriotique rwandais à la victoire en 1994. Stratège militaire redoutable, il a su vaincre une armée supérieure en nombre et en moyens.
Depuis, il a conduit son pays vers la stabilité politique et la croissance, fondées sur le travail, la rigueur et la lutte contre la corruption. Mais cette réussite est ternie par les accusations de pillage des ressources du Kivu. Si ces faits sont avérés, il n’en est pas le seul bénéficiaire : les puissances occidentales y trouvent aussi leur intérêt, voyant en Kagamé un supplétif utile dans leur politique d’exploitation du continent.
Les véritables responsables de cette impasse demeurent toutefois les dirigeants successifs du Congo-Kinshasa, incapables d’assumer leurs responsabilités et se réfugiant dans des appels incessants à l’aide internationale. Une situation vaudevillesque promise à durer, comme l’a montré l’échec de la conférence de Paris.
« Ce que tu n’as pas défendu par les armes, tu ne pourras pas le faire avec des larmes. »
Le Congo-Kinshasa en est la parfaite illustration.
Credit photo de couverture: Frontiere entre le Rwanda et RDC. https://creativecommons.org/publicdomain/zero/1.0/deed.en
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