Par la rédaction
Dans les couloirs des relations franco-africaines, un sentiment d’amertume grandit depuis des années. Ancienne puissance coloniale, la France est accusée par de nombreux observateurs et dirigeants africains de manquer de respect envers les lois et les institutions du continent, tout en affichant une indifférence flagrante face aux épreuves endurées par ses populations.
Ce constat s’appuie sur des faits concrets, notamment dans la couverture médiatique des conflits au Sahel, où la presse française est souvent pointée du doigt pour son traitement jugé partial des actes terroristes. Au lieu de dénoncer sans ambiguïté les auteurs de ces massacres, souvent affiliés à des groupes comme Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin ou l’État islamique au Grand Sahara, certains reportages les présentent comme des événements inévitables, presque normalisés dans le chaos régional. Des analystes africains reprochent à ces médias d’exploiter ces drames pour critiquer les gouvernements locaux sans jamais souligner la responsabilité directe des terroristes. Lors d’attaques meurtrières en 2024 et 2025 au Mali, au Niger et au Burkina Faso, des chaînes comme France 24 ou RFI ont diffusé des extraits de vidéos produites par les groupes terroristes eux-mêmes, reprenant ainsi leur narration sans contextualisation suffisante. Selon plusieurs experts en communication, cette pratique renforce involontairement la visibilité de ces groupes, transformant leurs actes en outils de propagande. Des sources indépendantes notent que ces diffusions visent souvent à retourner l’opinion internationale contre les régimes en place, en insinuant que les autorités africaines sont incompétentes, sans condamner clairement les auteurs comme des criminels.
Cette approche contraste avec le silence relatif entourant les succès des forces armées sahéliennes. Les armées du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont remporté plusieurs victoires significatives contre les terroristes, notamment la reprise de territoires dans le nord du Mali en 2024 et des opérations réussies au Burkina Faso contre des camps terroristes. Pourtant, ces avancées sont rarement mises en avant dans la presse française. L’accent reste mis sur les échecs présumés des armées locales, perpétuant un récit de chaos incontrôlable qui ignore souvent les communiqués officiels des états-majors africains. Des observateurs, y compris des instituts comme l’Institute for Security Studies, estiment que ce biais médiatique contribue à justifier une présence étrangère prolongée, malgré son rejet croissant sur le terrain. Résultat, les peuples sahéliens, déjà victimes des violences, se sentent invisibilisés dans leurs luttes quotidiennes, comme si leurs efforts n’avaient aucune valeur aux yeux de l’Occident.
L’affaire Newton Ahmed Barry illustre ce mépris des souverainetés africaines. Ancien président de la Commission électorale nationale indépendante du Burkina Faso, Barry a été inscrit le 1er avril 2025 sur une liste officielle de 32 personnes recherchées pour association criminelle en lien avec une entreprise terroriste. Cette liste, publiée par le ministère burkinabè de la Sécurité, regroupe des individus accusés de participer à la propagande de réseaux terroristes ou de collaborer avec eux dans des activités de déstabilisation. Malgré cela, RFI, média public français financé par l’État, lui a offert une chronique hebdomadaire intitulée Le regard d’Ahmed Newton Barry, lancée en novembre 2025. Dans sa première intervention, Barry commente les élections au Cameroun et en Côte d’Ivoire, se présentant comme un observateur démocrate. Cette nomination a provoqué l’indignation au Burkina Faso, où elle est perçue comme une ingérence flagrante. En ignorant la liste de recherche émise par un État souverain, la France semble affirmer que ses jugements priment sur les lois africaines. Des voix locales dénoncent une complicité qui mine la crédibilité des institutions burkinabè et encourage l’impunité. Barry, considéré par la justice burkinabè comme un terroriste en raison de ses liens présumés avec des réseaux armés, fait toujours l’objet d’un mandat d’arrêt national. Paris, de son côté, ne reconnaît pas cette qualification et maintient sa collaboration médiatique.
Au-delà des médias, cette attitude reflète un mépris plus large envers les peuples africains. En janvier 2025, Emmanuel Macron a déclaré que les États du Sahel avaient « oublié de dire merci » à la France pour son intervention antiterroriste. Ces propos ont suscité un tollé au Tchad, au Sénégal et ailleurs. Le ministre tchadien des Affaires étrangères a dénoncé des paroles de mépris pour l’Afrique, rappelant que la souveraineté n’est pas une dette envers Paris. Ces déclarations, survenues alors que la France se retire progressivement du Sahel après une série d’échecs, ignorent les milliers de vies perdues, plus de 10 000 civils tués depuis 2017, et les souffrances des populations déplacées. Des analystes africains y voient la persistance d’un paternalisme postcolonial où la compassion cède la place à un récit autocentré.
Ces éléments combinés dressent le portrait d’une France qui, par sa diplomatie et sa presse, foule aux pieds les lois africaines et minimise les luttes des peuples. Pour bâtir des relations équilibrées, un changement de paradigme s’impose, loin des ingérences, des jugements unilatéraux et des biais médiatiques. Les Sahéliens, eux, aspirent simplement à une reconnaissance réelle de leur résilience, sans filtre ni condescendance.
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