Nayouma Yé
Alors que le Ghana vient de lancer ce qu’il convient d’appeler une « révolution linguistique » dans son système éducatif, en choisissant de privilégier les langues nationales dans le cycle préparatoire et primaire, l’honnêteté intellectuelle commande de dire que « c’est bon, mais ce n’est pas encore arrivé ».
En effet, si ce choix permettra aux jeunes écoliers de se familiariser très vite avec les programmes scolaires et de les assimiler rapidement (l’habitude est une seconde nature, dit-on), force est de reconnaître qu’il laisse la question de la langue entière, puisqu’elle est abandonnée aux cycles secondaire et supérieur au profit de la langue de l’ancien colonisateur.
L’Afrique reste, de ce fait, le seul continent qui, jusqu’à présent, n’est pas parvenu à imposer une de ses langues à l’échelle internationale — ce qui constitue une véritable capitulation culturelle. Si l’on admet que la langue est le moyen d’influence psychique, psychologique et mentale par excellence, il faut convenir que les « blancs » sont certes partis du continent, mais demeurent encore dans nos têtes.
C’est ce que pense, du reste, le savant sénégalais Cheikh Anta Diop, lorsqu’il affirme :
« L’influence de la langue est si importante que les différentes métropoles européennes pensent qu’elles peuvent se retirer politiquement de l’Afrique d’une façon apparente, en y restant d’une façon réelle dans le domaine économique, spirituel et culturel. »
Le constat est accablant lorsque nous assistons à la manipulation de certains concepts comme la « diversité culturelle » ou les « identités culturelles africaines », sur un continent dont l’unité culturelle est avérée depuis la nuit des temps et repose sur deux piliers fondamentaux : le vitalisme et le culte des ancêtres, dans des sociétés basées sur le matriarcat.
S’agissant du premier pilier, le vitalisme, toutes les sociétés africaines ont leurs autels et espaces sacrificiels où elles implorent leurs ancêtres afin qu’ils intercèdent auprès du divin pour réaliser leurs souhaits. Entre l’autel moaga et le komon sénoufo, il n’y a guère de différences fondamentales, et ces exemples se vérifient partout en Afrique, tout comme le culte des ancêtres, deuxième pilier de cette culture.
Parler donc de diversité culturelle n’est rien d’autre qu’un enfumage destiné à obscurcir les esprits et à empêcher l’unité du continent. Il n’existe pas d’identités culturelles plurielles en Afrique, mais plutôt des expressions artistiques qui diffèrent selon les régions.
Ainsi, le PPS (le mariage traditionnel moaga) diffère, dans le fond et dans la forme, du mariage chez les Peuls, les Dogons ou les Balubas du Congo. On confond donc allègrement arts et culture, à dessein, pour mieux nous maintenir dans notre asservissement mental.
Malheureusement, les dirigeants, véritables « sous-préfets » aux ordres du maître, cultivent toujours cette rhétorique aliénante plutôt que de prendre le taureau par les cornes.
Plutôt que de ressusciter les anciennes langues d’empire telles que le sarakollé (Ghana), le mandingue ou le songhaï (Kaoga ou Gao) en Afrique de l’Ouest ; le swahili et le lingala au centre et à l’est ; le zoulou au sud, nous en sommes à des ersatz de solutions, à l’image du serpent qui se mord la queue.
La capitulation culturelle est donc un fait acquis, compte tenu de notre ignorance des problèmes vitaux, ignorance qui n’épargne même pas certains responsables politiques.
Être ou ne pas être, telle est la question, étant entendu qu’on ne saurait avoir si l’on ne résolvait pas.
Et à l’attention de tous les dirigeants souverainistes désireux de changer la donne, rappelons cette citation pleine de sens de Cheikh Anta Diop :
« La qualité essentielle du langage authentiquement révolutionnaire est la qualité démonstrative, fondée sur l’objectivité des faits et leurs rapports dialectiques, qui entraîne irrésistiblement la conviction des peuples. »
À méditer.
En savoir plus sur Nouvelles Afrique
Subscribe to get the latest posts sent to your email.






