Le 15 octobre 1987, aux alentours de 16 h 30, le ciel tombait littéralement sur la tête des Burkinabè après l’assassinat du leader de la révolution d’août 1983 par un « escadron de la mort » aux ordres de Blaise Compaoré et conduit par son exécuteur des basses besognes, Hyacinthe Kafando.
L’immense espoir suscité par ce mouvement révolutionnaire s’écroulait du fait de la guerre des chefs qui le minait, avec la bénédiction des tenants de l’ordre colonial, la France en tête. Il faut dire que dès son accession au pouvoir, le jeune capitaine ne cessait d’ébranler la cuirasse néocoloniale tissée par la France pour ses ex-colonies au lendemain des indépendances factices.

Une armature politique et économique contraignante empêchait tout développement de nos États, puisqu’elle maintenait en l’état le pacte colonial, faisant de nos pays des fournisseurs de matières premières au seul bénéfice d’une métropole qui s’engraissait sur leur dos.
Désireux d’apporter espoir et progrès à son peuple, Thomas Sankara ne pouvait accepter ce diktat, ce qu’il a clairement indiqué à son homologue français François Mitterrand lors de la visite de ce dernier à Ouagadougou en 1986. Depuis lors, on peut dire que celui-ci « aiguisait le couteau » pour « occire cet impertinent », en complicité avec les forces du mal, aussi bien nationales que sous-régionales. Un complot aux ramifications multiples qui aboutira à l’accession au pouvoir de son « ami et frère » Blaise Compaoré.
Et suivant le dicton : « Comme on fait son lit, on se couche », ce dernier instaurera l’un des régimes les plus autocratiques du Burkina Faso durant les trois premières années de son règne, avec la restriction des libertés individuelles, les morts d’hommes et les disparitions qui s’enchaînaient.

Une chape de plomb s’étendait sur le pays jusqu’à ce que le sommet de la Baule, initié par le bourreau principal de Sankara, François Mitterrand, ne vienne le contraindre à mettre de l’eau dans son « ratossé » (bière de mil locale très forte) en proclamant la « renaissance démocratique » (sic) du Burkina Faso par le biais d’élections législatives et présidentielles en 1991, remportées, comme il fallait s’y attendre, par la coalition présidentielle.
Naîtra alors la IVe République, un « mixte » entre autoritarisme et ouverture, une main de fer dans un gant de velours. Le régime inspirait plus la peur qu’autre chose, même si la fibre révolutionnaire des Burkinabè restait latente, attendant sans doute le moment propice pour se manifester.
Vingt-sept années d’une dictature « soft » (quoique), caractérisée par des taux de croissance élevés, qui, hélas, n’impactaient pas positivement le pouvoir d’achat des citoyens lambda. Les assassinats continuaient et la kleptocratie devenait la règle. Les conditions objectives et subjectives d’un soulèvement se réunissaient progressivement, pendant que les dignitaires festoyaient sous les lambris de la République.
Les velléités de pouvoir à vie, avec les tripatouillages constitutionnels répétés, auront raison de ce régime. Les piliers principaux, sentant le vent tourner, désertèrent le navire en janvier 2014 pour créer le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), rejoignant une opposition farouche au projet de maintien au pouvoir du président Compaoré lors des élections de 2015.
Affaibli par cette désertion et en proie à une vive contestation populaire, Blaise Compaoré et ses séides ne verront pas cette échéance : le régime sera balayé par une insurrection populaire en 2014, mettant ainsi fin de facto et de jure à la IVe République.
Après une transition d’un an et des élections en décembre 2015, les anciens compagnons du président reviendront au pouvoir, sous la direction de Roch Marc Christian Kaboré, tandis que le président déchu méditait sur les vicissitudes de la vie en Côte d’Ivoire, où il avait trouvé refuge.
Kaboré et ses amis, qui avaient suscité un immense espoir, se révéleront de piètres gestionnaires du pouvoir d’État, particulièrement face à la crise terroriste qui s’était « invitée » dans les débats.
Laxisme, mollesse, voire compromission avec l’ennemi, conduisirent à l’occupation de presque tout le territoire national, pendant que les uns et les autres sabraient le champagne à Ouagadougou.
Une gestion calamiteuse de la période post-insurrectionnelle produira, mutatis mutandis, les mêmes effets qu’en 1983, avec le surgissement sur le devant de la scène de jeunes officiers désireux de remettre de l’ordre dans la maison, en janvier 2022.
Des espoirs déçus dans un premier temps avec le lieutenant-colonel Sandaogo Damiba, qui préféra mettre la réconciliation nationale au premier rang de ses préoccupations alors que le pays brûlait. Il n’en fallut pas plus pour que les gardiens du temple, crapahutant sur le terrain, viennent lui reprendre ce qu’il considérait comme sa « chose » (sic).
Depuis lors, et au vu des actions menées sur le terrain, on peut dire que le chemin de l’espérance et du progrès est à nouveau tracé. Désireux de transformer quantitativement et qualitativement les statistiques, le capitaine Ibrahim Traoré et ses compagnons mènent une lutte résolue contre l’hydre terroriste tout en ouvrant de vastes chantiers de développement dans tous les secteurs.
Quoi de plus normal, dès lors, que l’adhésion populaire et la conscience citoyenne aillent crescendo dans un pays qui abhorre l’injustice et l’iniquité sous toutes leurs formes. Quand la tête va, tout va, et on peut affirmer que le Burkina Faso est désormais sur de bons rails et s’apprête à effectuer sa mue.
Nayouma Yé
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