À la faveur du vent de refondation qui souffle sur le Burkina Faso, la question de la langue s’invite au débat. Elle mérite cependant d’être recentrée sur l’essentiel : la renaissance africaine.
Il faudrait éviter les raccourcis et la précipitation en abordant ce chantier rendu complexe par le colonisateur, qui nous a légué des espaces géographiques arbitrairement tracés et morcelé des nations créées bien avant par nos ancêtres.
Nos États ont ainsi vu leur tâche de construction nationale compliquée par l’ethnicisme et le régionalisme introduits dans les esprits. Nous devons ressusciter, de manière scientifique et lucide, notre histoire pour tracer les jalons d’un avenir meilleur pour les générations futures.
Dans cette optique, la question de la langue ne peut être abordée avec succès qu’à l’échelle supranationale, afin d’imposer une ou au maximum quatre langues africaines communes. Ce chantier est freiné à la fois par la méconnaissance de notre histoire partagée, le manque de volonté politique de nos dirigeants et la paresse intellectuelle de nos élites.
Parmi les quelque six cents langues africaines, seules quatre ou cinq ont une envergure continentale : le swahili, le hausa, le peul, le lingala et le bambara. Ces langues pourraient constituer le socle d’un projet linguistique africain.
À l’échelle nationale, il faut plutôt intensifier les campagnes d’alphabétisation massives, à l’image de l’opération « Baantare » du temps de la Révolution d’août, pour apprendre au peuple à lire et écrire dans ses propres langues.
À ce stade, ne nous trompons ni de combat ni d’adversaire, au risque de conduire cette œuvre d’affranchissement intellectuel dans l’impasse. À quand donc le panafricanisme que nous appelons de nos vœux ?
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