Par Nayouma Ye
En 2014, le Burkina Faso est secoué par des manifestations massives contre la modification de l’article 37 de la Constitution. Le camp présidentiel voulait offrir un nouveau mandat à Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans. Cette tentative de passage en force provoque la colère d’un peuple épuisé par des décennies d’injustice sociale, de vie chère et d’indifférence du régime à ses souffrances quotidiennes.
Comme en janvier 1966 sous Maurice Yaméogo, la rue se soulève. Ignorant les appels au dialogue, Compaoré et ses partisans, sûrs de leur puissance militaire, choisissent l’aveuglement. Le 31 octobre 2014, une marée humaine met fin à leur règne. Le peuple, animé par l’espoir d’une véritable démocratie et d’une justice sociale, croyait alors avoir ouvert une nouvelle page de son histoire.
Mais très vite, la désillusion s’installe. Les acteurs politiques, souvent issus du même système que celui qu’ils prétendaient combattre, se réapproprient le pouvoir. La transition politique, laborieuse, débouche sur les élections de décembre 2015 qui ramènent les anciens barons au-devant de la scène. Le slogan « Plus rien ne sera comme avant » devient ironiquement « Tout est pire qu’avant ».
Entre la corruption endémique et la faiblesse face au terrorisme, le pays plonge à nouveau dans le désespoir. Dans certaines zones rurales, la misère est telle que des familles survivent en mangeant des feuilles. Face à cet effondrement, de nouveaux militaires, se réclamant patriotes et progressistes, s’imposent pour redresser la situation. Changement de stratégie militaire, rigueur dans la gestion publique, et révision des alliances internationales inversent la tendance. L’espoir renaît peu à peu, au point qu’on évoque aujourd’hui la fin possible de cette guerre imposée de l’extérieur.
L’histoire du Burkina Faso rappelle une constante : les victoires populaires n’ont de sens que si elles servent à refonder durablement l’État. Les luttes passées doivent nourrir une vigilance permanente. Comme le rappelait Thomas Sankara, « l’impérialisme est un mauvais élève : il ne retient jamais les leçons de ses défaites ». À ses héritiers de rester fidèles à cet idéal et de poursuivre, avec droiture et courage, l’œuvre de libération nationale.
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