Au Burkina Faso, la dissolution des partis et formations politiques par l’Assemblée Législative de Transition (ALT) continue de susciter débats et réactions. Dans cet entretien exclusif accordé à Bruno Bayala, Maître Bénéwendé Sankara, avocat et ancien président de l’UNIR/MPS, estime que cette décision s’inscrit dans la logique de la Révolution Progressiste Populaire (RPP) engagée par les autorités de la Transition. Il y voit une opportunité historique de rompre avec les dérives du multipartisme intégral et de jeter les bases d’un nouveau modèle politique fondé sur l’organisation, la mobilisation et des valeurs patriotiques.
Nouvelles Afrique (NA) :
La dissolution des partis politiques par l’Assemblée Législative de Transition (ALT) s’inscrit-elle, selon vous, dans la logique de la révolution progressiste populaire engagée par les autorités ?
Maître Bénéwendé Sankara (MBS) :
Je vous remercie pour l’opportunité de m’exprimer sur un sujet très sensible mais fondamental pour l’ancrage du processus en cours, qui est celui de la révolution progressiste populaire.
Quand on parle de révolution, il s’agit avant tout d’un ancrage qui doit mobiliser l’ensemble du peuple burkinabè autour des objectifs définis par le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré. Le discours d’orientation politique du 2 octobre constitue aujourd’hui un référentiel clair, et le retour à la devise révolutionnaire « La Patrie ou la mort, nous vaincrons » en est une illustration.
Pour moi, cette décision s’inscrit pleinement dans une logique de refondation du système politique.
NA:
Peut-on dire que cette dissolution était devenue nécessaire au regard des dérives constatées dans le fonctionnement des partis politiques ?
MBS :
Après la suspension des partis et formations politiques, on s’attendait naturellement à leur dissolution. Le cadre partisan au Burkina Faso était devenu excessif et parfois dévoyé.
Certains partis politiques ne remplissaient plus leur mission constitutionnelle. L’article 13 de la Constitution prévoit que les partis doivent contribuer à la formation, à l’éducation et à la conscientisation politique des citoyens, notamment de la jeunesse. Lorsque ces missions ne sont pas assurées, la raison d’être du parti est remise en cause.
NA:
La décision du gouvernement ne remet donc pas en cause, selon vous, l’expression des idées et le pluralisme politique ?
MBS:
Non, absolument pas. On peut dissoudre une organisation politique, mais on ne dissout pas des idées.
L’expression plurielle et l’inclusion ne sont pas remises en cause. La vraie question est de savoir quel nouveau cadre d’expression politique sera proposé. Quelque chose pourra être mis en place pour permettre aux courants de pensée d’exister et de s’exprimer.
NA:
Peut-on considérer que la prolifération des partis politiques a plutôt affaibli la démocratie burkinabè au lieu de la renforcer ?
MBS:
Oui, dans une large mesure. Ce n’est pas la multiplication des partis qui garantit une démocratie de qualité.
Regardez certains pays considérés comme de grandes démocraties, comme les États-Unis, où deux grands partis dominent la vie politique. Au Burkina Faso, nous avons compté près de 300 partis politiques. Cette dispersion n’a pas permis de structurer un véritable débat idéologique.
NA :
La nouvelle orientation peut-elle favoriser une meilleure organisation des forces politiques et sociales ?
MBS :
Oui. L’expérience montre que la dispersion affaiblit les dynamiques collectives.
Sous Thomas Sankara, différentes sensibilités politiques existaient, mais elles s’exprimaient à travers un cadre unique, le Conseil National de la Révolution (CNR). Cela n’empêchait pas la contradiction, mais cela renforçait l’efficacité de l’action.
NA:
Peut-on dire que le gouvernement cherche ainsi à adapter le modèle politique aux réalités actuelles ?
MBS :
Absolument. On ne réinvente pas la roue, mais on peut l’adapter et l’améliorer.
Le monde a évolué, notamment avec les réseaux sociaux et les nouvelles formes de mobilisation. Il faut innover et proposer des mécanismes adaptés à notre époque en mettant l’accent sur l’engagement conscient et responsable de la jeunesse.
NA :
Cette décision ouvre-t-elle la voie à un nouveau type de cadre politique après le retour à la paix ?
MBS:
Oui. Je ne parle pas d’un retour au multipartisme intégral. Ce modèle a montré ses limites.
Ce qui est important, c’est de créer un cadre organisationnel permettant aux Burkinabè partageant des valeurs comme l’intégrité, la dignité et la solidarité de s’exprimer et d’agir.
NA:
Peut-on dire que cette réforme vise à assainir durablement la vie politique burkinabè ?
MBS :
Oui. La politique est une vertu. Servir la cité, s’engager pour son pays, contribuer au développement.
On ne peut réussir une révolution sans organisation ni mobilisation. L’assainissement des bases de notre société est donc indispensable pour bâtir un nouveau modèle politique adapté à nos réalités.
NA:
Maître Benewende Sankara, merci d’avoir répondu aux questions de Nouvelles Afrique.
MBS:
C’est moi qui vous remercie
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