Le 1er décembre 1944, alors qu’ils réclamaient le paiement de leurs primes de démobilisation après la seconde guerre mondiale, des centaines de soldats africains sont massacrés par l’armée française à Dakar, au prétexte qu’ils avaient orchestré une mutinerie. Une boucherie qui aurait fait selon la comptabilité officielle française,35 morts , un chiffre bien en deçà de la réalité (on parle plutôt de centaines de morts) qui traduisait déjà la duplicité et l’ingratitude de la France qui payait ainsi en monnaie de singe les sauveurs la République, sans lesquels la tournure des évènements aurait été modifiée notamment lors du débarquement de Normandie où ils ont servi de chair à canon pour permettre aux troupes alliées, américains en tête de terminer le travail.
Il faut dire qu’en la matière, la France était coutumière du fait, car, en 1918 déjà, à la fin du premier conflit mondial, elle avait démobilisé les troupes africaines sans droits à pension conséquents, alors que les soldats français se voyaient gratifiés d’allocations élevées. Depuis, l’inégalité dans le traitement des soldats africains est allée crescendo, car, leurs pensions seront « cristallisées » pour ne plus évoluer alors que les soldes de leurs homologues français connaissaient des réévaluations fréquentes en fonction du coût de la vie. Une situation qui a perdurée jusqu’à la disparition de la quasi-totalité des tirailleurs africains, ce qui nous incite à dire que la France n’a pas encore payé entièrement sa dette de sang vis-à-vis de l’Afrique noire. Ce d’autant que les soldats issus de l’Afrique au nord du Sahara et principalement les algériens étaient payés rubis sur l’ongle par la métropole en vertu d’accords signés avec les dirigeants du pays.
L’occasion encore une fois de souligner l’incurie et « l’aplatissement » de nos chefs d’État qui ont été incapables de susciter ne serait-ce que le débat pour attirer l’attention sur cette iniquité. Mieux ils ont préféré utiliser les fonds souverains à leur disposition pour financer la politique intérieure française toutes tendances confondues à travers la circulation de mallettes et de djembés bourrés de dollars et d’euros. Rétrospectivement on peut comprendre le courroux des présidents souverainistes actuels lorsqu’ils affirment que leurs prédécesseurs n’ont rien fait pour nos pays. Que dire d’autre au vu de l’assujettissement politique, monétaire et culturel dans lequel nous sommes de nos jours ? Reléguées à la périphérie du système mondial les pays africains sont des mendiants assis sur un tas d’or et d’autres richesses. Et pour les maintenir dans leur léthargie on a inventé la « malédiction » de l’or noir et des minerais rares pour mieux les » anesthésier » Dans cette occurrence, seule la lutte politique, économique et militaire s’impose. L’esclave qui ne peut se libérer de ses chaînes ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort.
Pour en revenir à la tragédie de Thiaroye, disons que le dossier doit être réouvert pour non seulement connaître la vérité, mais surtout dédommager les ayants- droit de nos braves guerriers. Les registres de guerre existent tout comme les états de paiement des pensions servies. L’exercice n’est donc pas impossible si la volonté existe dans le camp français. Une manière de mettre fin à cette duplicité qui n’a que trop durée. On attend donc le solde de tout compte sur ce dossier de la honte.
Nayouma Yé
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