La menace d’un arrêt de l’aide du Programme alimentaire mondial (PAM) dès avril met en lumière une réalité préoccupante pour la Somalie comme la dépendance du pays à l’assistance internationale pour nourrir une partie importante de sa population.
Aujourd’hui, environ 4,4 millions de personnes font face à une insécurité alimentaire aiguë. Depuis plusieurs mois, faute de financements suffisants, le PAM a réduit drastiquement son soutien. Le nombre de bénéficiaires est passé de 2,2 millions début 2025 à un peu plus de 600.000. Si aucun nouvel appui financier n’est trouvé, l’agence onusienne pourrait suspendre ses opérations. Une telle décision exposerait des centaines de milliers de familles à une situation encore plus critique.
Cette nouvelle alerte rappelle la fragilité du système actuel. À chaque baisse des financements internationaux, l’aide diminue immédiatement. La sécurité alimentaire du pays reste donc largement tributaire de décisions prises à l’extérieur. Or, dans un contexte mondial marqué par de multiples crises et une fatigue des donateurs, cette dépendance devient un risque majeur.
La sécheresse récurrente, les conflits et la faiblesse des infrastructures ont affaibli durablement la production agricole et pastorale. Pourtant, cette crise peut aussi être un signal d’alarme pour engager des réformes de fond.
Investir dans une agriculture adaptée au climat, développer des systèmes d’irrigation, mieux gérer les ressources en eau et soutenir le pastoralisme pourraient renforcer la résilience des communautés rurales. La mise en place progressive de mécanismes nationaux de protection sociale permettrait également d’amortir les chocs sans dépendre exclusivement de l’aide d’urgence.
La diaspora somalienne, qui contribue déjà fortement à l’économie par ses transferts, pourrait aussi jouer un rôle plus structuré dans le financement de projets productifs et durables.
À court terme, l’aide internationale demeure indispensable pour éviter une catastrophe humanitaire. Mais à moyen et long terme, la Somalie a intérêt à réduire sa dépendance au PAM et aux financements extérieurs. L’enjeu dépasse la gestion de l’urgence : il s’agit de construire une souveraineté alimentaire progressive afin que les crises climatiques ou les décisions budgétaires internationales ne déterminent plus directement la survie de millions de personnes.
Yolande Bazié
En savoir plus sur Nouvelles Afrique
Subscribe to get the latest posts sent to your email.






