Édito de Nayouma Yé – Nouvelles Afrique
Les signaux de tension entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko se multiplient. Entre divergences idéologiques, ambitions politiques et enjeux économiques, le duo qui incarnait l’espoir d’un renouveau sénégalais semble désormais traversé par une fracture silencieuse mais profonde.
Alors que des dossiers cruciaux figuraient à l’ordre du jour du dernier Conseil des ministres, notamment le Plan de redressement du Sénégal et la question du règlement de la dette publique colossale, le Premier ministre Ousmane Sonko a surpris en annonçant « quatre jours de repos », assurant avoir obtenu « l’autorisation du président ».
Une absence qui interroge. Car au-delà de la fatigue invoquée, la chronologie des faits récents laisse entrevoir des tensions croissantes entre Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye, sur fond de divergence idéologique et de rivalités politiques.
Depuis sa condamnation pour diffamation dans l’affaire qui l’opposait à l’ancien ministre du Tourisme Mame Mbaye Niang, les relations entre les deux têtes de l’exécutif se sont distendues. Sonko reste persuadé que cette décision judiciaire relève d’une manœuvre de l’establishment sénégalais visant à l’écarter de la présidentielle de 2029.
Son profil dérange : figure radicale de la gauche panafricaniste, il inquiète les cercles économiques et diplomatiques français, tandis que Diomaye Faye, plus conciliant, s’impose comme un dirigeant pragmatique, ancré dans les réseaux confrériques et soucieux d’équilibre.
L’épisode de la visite du Premier ministre burkinabè Jean Emmanuel Ouédraogo à Dakar a illustré ces divergences. Devant un public conquis, Sonko a fustigé le manque de volonté politique des dirigeants africains sur la question monétaire, visant à demi-mot le président Faye, resté silencieux.
Le contraste entre les deux hommes, l’un idéologue et l’autre conciliateur, alimente les spéculations sur un choc des ambitions en vue de 2029.
Des conseillers de l’ombre s’activeraient pour pousser Sonko à la faute, tandis que les institutions financières internationales verraient en Faye un partenaire plus sûr, prêt à négocier un moratoire ou un effacement partiel de la dette. Une stratégie qui viserait à éviter le basculement du Sénégal dans l’orbite du Sud global, perçu comme une menace par les puissances libérales.
Ce duel au sommet n’est pas sans rappeler d’autres confrontations idéologiques de l’Histoire.
En 1917, la rivalité entre Lénine et Trotsky sur la nature de la révolution soviétique avait conduit à l’exil du second.
En Chine, Lin Piao, bras droit de Mao Zedong, fut éliminé en 1971 après des soupçons de collusion avec l’Occident.
Dans les deux cas, les divergences de ligne politique ont masqué des luttes de pouvoir profondes.
Aujourd’hui, Diomaye Faye, l’ancien vizir devenu calife, consolide patiemment son pouvoir et tisse son réseau en vue d’un second mandat.
Face à lui, Ousmane Sonko, qui contrôle encore l’appareil du parti et conserve une forte sympathie dans les milieux panafricanistes, acceptera-t-il de rester spectateur ?
Le feuilleton politico-judiciaire ne fait que commencer. Et comme dans la tragédie de Jules César et Brutus, le destin du Sénégal pourrait bien se jouer entre un père politique et son fils spirituel.
En savoir plus sur Nouvelles Afrique
Subscribe to get the latest posts sent to your email.






