Dans un contexte politique marqué par une volonté affirmée de rupture et de transformation, le Burkina Faso a procédé à l’abrogation de la loi régissant les partis politiques. Acte inédit qui s’inscrit dans la dynamique de refondation portée par le président Ibrahim Traoré. Dr. Boukary Nébie, Enseignant-chercheur donne les raisons profondes et les implications de cette décision, dans une interview accordée à Nouvelles Afrique.
Selon Dr. Boukary Nébie, cette abrogation répond à une logique politique claire et cohérente, initiée par le chef de l’État lui-même. Dès janvier 2023, lors d’une rencontre avec les étudiants de l’université Joseph Ki-Zerbo, le capitaine Ibrahim Traoré avait demandé une réforme en profondeur du système partisan, caractérisé selon lui par une prolifération anarchique des formations politiques.
Cette demande prend tout son sens avec la proclamation, en avril 2025, de la Révolution progressiste populaire (R.P.P.) qui impose une ligne politique unifiée, incompatible avec la coexistence d’une multitude de partis aux idéologies parfois antagonistes. Dr. Boukary Nébie souligne que « le système de multipartisme qui a engendré la prolifération des partis politiques dans notre pays, comme ailleurs en Afrique, est un vestige du néocolonialisme ». Dès lors, il était impératif pour la Révolution de rompre avec cet héritage colonial et de mettre en place un cadre institutionnel qui reflète mieux les aspirations populaires et la nouvelle orientation révolutionnaire.
Au-delà de la simple abrogation, cette décision ouvre la porte à une refondation intégrale du système politique burkinabè. Dr. Boukary Nébie insiste sur le fait que cette refondation doit s’aligner avec les souhaits exprimés par les populations lors des consultations régionales des Forces vives. Il rappelle l’impact négatif qu’a eu le paysage politique fragmenté sur la cohésion sociale et l’unité nationale.
En effet, les partis politiques, souvent sources de division ont mis à rude épreuve le tissu social. Le concept même de démocratie est questionné par Dr Nébie qui invite à un exercice d’inventivité politique : « La démocratie est plurielle. La démocratie en France est différente de celle aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, etc. Nous devons courageusement inventer notre propre voie ».
Il rappelle à juste titre la Charte du Kurukan Fuga, adoptée en 1236, bien avant la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et qui consacrait déjà le respect de la vie humaine ainsi que l’organisation sociale propre aux sociétés africaines.
Une conséquence immédiate de cette abrogation est la disparition des partis politiques tels qu’ils existaient. Dès lors, la question du financement partisan devient caduque, puisque « peut-on financer une entreprise qui n’existe plus ? » s’interroge Nébie. La priorité est désormais de concevoir une nouvelle forme d’organisation politique qui soit compatible avec les idéaux de la Révolution progressiste populaire.
Cette nouvelle organisation devra éviter les écueils du passé notamment la multiplication excessive des formations politiques. Le Président de l’Observatoire de production et d’analyse du discours alerte contre le risque d’une nouvelle prolifération qui diviserait à nouveau la société. Il rappelle que même dans les grandes démocraties occidentales, on ne compte pas des centaines de partis politiques, contrairement à la situation antérieure au Burkina Faso.
La démarche engagée par le gouvernement burkinabè est audacieuse et suscite des interrogations sur l’avenir de la démocratie dans le pays. Cependant, la position de Dr Boukary Nébie, clairement exprimée, met en avant la nécessité d’adapter les mécanismes démocratiques aux réalités culturelles et sociales nationales, tout en rejetant des systèmes hérités du néocolonialisme qui, selon lui, ne servent plus les intérêts du peuple.
Cette abrogation ne marque donc pas la fin de la démocratie, mais plutôt un tournant vers un nouveau modèle politique qui devra être inventé avec la participation active des populations, conformément à l’esprit révolutionnaire prôné par le président Ibrahim Traoré.
Bruno Bayala
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