Depuis plus de dix ans, la France fait face à un phénomène aussi massif que préoccupant : l’implication de ressortissants français dans des organisations terroristes à l’étranger, principalement en Syrie et en Irak. L’ascension fulgurante de l’État islamique au début des années 2010 a galvanisé des milliers d’individus à travers le monde, et la France, plus que tout autre pays européen, a vu partir un nombre important de ses nationaux. Les données qui émergent aujourd’hui, issues de rapports officiels et d’analyses internationales, permettent de mesurer l’ampleur de ce mouvement et d’en comprendre les ressorts.
Les conflits syriens et irakiens ont constitué une caisse de résonance inédite pour les groupes jihadistes, qui ont su utiliser Internet et les réseaux sociaux comme leviers de recrutement. En Europe, près de 5 000 personnes ont rejoint ces zones de combat, avec une proportion importante de Français. Environ 40 000 combattants étrangers provenant de plus de 110 pays ont été recensés au total, un chiffre qui illustre la dimension mondialisée du phénomène.
Selon les données consolidées par les services français et des organismes internationaux, environ 1 910 citoyens ou résidents français ont rallié l’État islamique. Ils ne constituaient pas uniquement des combattants : femmes, enfants et familles entières ont aussi migré vers le « califat », motivés par l’idéologie ou par l’influence de proches déjà partis. Les profils sont variés, même si l’on observe une majorité de jeunes hommes, souvent issus de milieux socio-économiques fragiles. Les convertis représentent près de 15 % des départs recensés en Occident, une proportion encore plus marquée chez les femmes, dont l’âge moyen ne dépassait pas 21 ans, contre 26 ans pour les hommes.
Si le califat territorial a disparu, ses répercussions demeurent. En 2025, entre 700 et 1 000 Français se trouveraient toujours en Syrie, certains ayant rejoint d’autres groupes islamistes actifs dans la région. Les chiffres comparés aux années précédentes témoignent d’un déclin, mais aussi d’un ancrage durable : en 2017, 689 ressortissants français étaient répertoriés sur zone, avec un bilan de 207 retours et 249 décès. Une poignée d’entre eux, au moins 14, ont participé ou envisagé de participer à des attentats-suicides.
Aujourd’hui, la majorité des étrangers liés à l’EI sont détenus dans les camps d’al-Hol et de Roj, administrés par les forces kurdes. Plus de 23 000 personnes y sont retenues dans des conditions jugées inhumaines par plusieurs organisations, dont plus de 60 % d’enfants. Près de 8 000 d’entre eux proviennent de pays non régionaux, y compris la France. Seuls les mineurs ont fait l’objet de rapatriements significatifs : une trentaine d’enfants français ont été ramenés depuis 2019, tandis que les adultes restent presque systématiquement exclus de ces opérations.
La question du retour des jihadistes demeure centrale dans le débat public. Chaque retour s’accompagne d’une procédure judiciaire ou d’un placement sous surveillance. En 2024, les services antiterroristes français ont renforcé leur vigilance : 936 perquisitions administratives ont été menées, dont près de 80 % liées à la menace jihadiste. Trois projets d’attentats ont été déjoués avant les Jeux olympiques de Paris.
Face à cette situation, la France a durci sa législation antiterroriste, renforcé son arsenal administratif et accru sa coopération internationale. Les autorités cherchent à prévenir les départs, réprimer les participations à des groupes terroristes et gérer le retour de profils parfois difficiles à évaluer. La collecte de preuves en zone de guerre, la surveillance des radicalisés en prison et la prise en charge d’enfants traumatisés figurent parmi les défis les plus pressants.
Si les départs massifs ont cessé depuis la chute de l’EI en 2019, la question des Français impliqués dans le terrorisme international reste un enjeu majeur. Près de 1 900 d’entre eux ont été concernés au fil des années, et plusieurs centaines sont encore présents en Syrie. Entre impératifs sécuritaires et responsabilités humanitaires, la France doit désormais composer avec les conséquences durables de cette décennie de radicalisation.
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