Pour appréhender en profondeur le surgissement de la problématique du terrorisme au Sahel, un bref rappel des causes, aussi bien lointaines qu’immédiates, s’impose. Les unes comme les autres sont mues par des considérations économiques, selon la maxime marxiste qui veut que l’infrastructure détermine toujours la superstructure.
Pour remonter dans le temps, il faut dire que l’Afrique, en général, a été victime de formes de « terrorisme » dès l’invasion de l’Égypte antique par les troupes du roi perse Cambyse en 525 avant Jésus-Christ, avec l’acculturation qui en a résulté et le renversement de certaines valeurs ontologiques, telles que la conception du cosmos et le matriarcat qui régissait la vie en société. D’une société jadis gouvernée, au plan culturel et religieux, par le vitalisme, on a fait une autre société fondée sur des dieux et des pratiques venus d’ailleurs, avec tout ce que cela comporte en termes de désorientation et de perte de confiance en soi.
Plus tard, la geste des Almoravides, conduite par Youssef Ibn Tachefin, et le commerce triangulaire qui s’ensuivit, ont fait du continent un appendice économique et culturel des autres, avec des effets induits qui se poursuivent jusqu’à présent.
Quant aux causes plus immédiates, la chute du mur de Berlin et ses implications politiques (remise en cause des alliances traditionnelles) et économiques (mondialisation marchande et financière prédatrice) ont favorisé l’émergence du phénomène au Sahel, en raison de la course des puissances occidentales au « coffre-fort africain » (Mozambique, RD Congo, Corne de l’Afrique et Sahel notamment).
Les puissances ainsi menacées dans leurs anciennes « possessions », voyant d’un mauvais œil cette intrusion, ont, faute de mieux, mis en branle leurs réseaux dormants pour « effrayer leurs sujets » et imposer durablement leur imperium économique et militaire.
Les bases du « djihadisme » moderne étaient ainsi posées. De Maputo au Sud-Kivu, en passant par Kano, Bamako, Niamey ou Ouagadougou, le continent s’est retrouvé ensanglanté par un phénomène nourri à la fois par la manne financière en provenance du Golfe et par l’impérialisme international attiré par les fabuleuses richesses de la sous-région.
Les premiers bénéficiaires de cette terreur restent les puissances occidentales, à travers les ventes massives d’armes, et les « djihadistes » eux-mêmes, pour la gloire ou pour les trafics en tout genre (drogues, armes sophistiquées, cigarettes, etc.).
Du coup, les véritables questions, la monnaie unique, le chômage des jeunes, le développement des secteurs prioritaires, sont reléguées au second plan, nourrissant un fléau qui ne prospère que là où la pauvreté sévit.
Les problèmes de cohésion sociale et de déchirures ethniques invoqués ne sont que de la poudre aux yeux destinée à masquer cette prédation millénaire.
L’Afrique a pourtant été le berceau de grands empires qui avaient réalisé leur osmose en étant de véritables États-nations, à une époque où l’Europe vivotait encore culturellement et économiquement au Moyen Âge.
Il nous faut donc réorienter le débat, non seulement à l’échelle du continent, mais aussi avec nos partenaires, pour sortir de cette spirale infernale. Pour ce faire, il faut parler d’une même voix, car nous avons été trop longtemps victimes de ce choc des ignorances, conséquence directe de la faiblesse structurelle de nos micro-États.
Autrement, cette faiblesse nous conduira à une disparition programmée dans les cercles de réflexion impérialistes. C’est la survie même de nos États qui est en jeu dans cette guerre que nous devons impérativement gagner, afin de nous atteler à la résolution des préoccupations fondamentales des masses africaines, lesquelles, mutatis mutandis, demeurent pratiquement les mêmes.
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