L’Afrique, continent de 54 nations et 1,4 milliard d’habitants, reste trop souvent piégée dans des clichés médiatiques. Une étude d’Africa No Filter (2021) montre qu’un tiers des informations sur le continent, publiées dans les médias africains eux-mêmes, proviennent de sources non africaines telles que l’AFP ou la BBC. Ces rédactions, éloignées du terrain, privilégient des récits stéréotypés : conflits, crises humanitaires, corruption. Cette distorsion n’est pas neutre : elle façonne les perceptions, freine le développement et coûte cher à l’Afrique. Reprendre la main sur le récit devient une urgence collective.
Une image biaisée qui coûte des milliards
L’impact économique est tangible. Les récits négatifs alimentent une perception exagérée du risque africain. D’après un rapport de 2024, cette perception fausse entraîne une surprime de risque sur les emprunts publics, représentant jusqu’à 3,2 milliards d’euros par an. Des milliards qui pourraient financer des écoles, des hôpitaux, des routes. Les investisseurs, influencés par des reportages alarmistes, hésitent à s’engager. Les entrepreneurs africains, eux, peinent à lever des fonds, non par manque d’innovation, mais à cause d’une image ternie.
Des voix africaines étouffées
Sur le plan social, la désinformation marginalise les voix du continent. Le Global Media Index for Africa 2024 révèle que les médias internationaux citent surtout des responsables politiques ou des ONG occidentales, au détriment des citoyens ordinaires. Résultat : les récits de réussite et d’innovation restent invisibles. Les hubs technologiques de Nairobi, les projets d’énergie solaire au Maroc ou les programmes d’agroécologie au Bénin passent souvent sous le radar médiatique. Cette invisibilité nourrit un sentiment d’infériorité et fragilise la confiance des jeunes dans leur propre potentiel.
Un enjeu de souveraineté politique
Les récits importés influencent les politiques internationales envers l’Afrique. Des programmes d’aide sont parfois conçus selon des perceptions fausses plutôt que sur des données locales. Cela fragilise la souveraineté narrative du continent : trop souvent, l’Afrique reste spectatrice de son propre destin.
Reprendre la parole, c’est reprendre le pouvoir
Raconter sa propre histoire, c’est affirmer son autonomie. Les réseaux sociaux et les plateformes numériques offrent aujourd’hui un levier inédit. Des journalistes, vidéastes et blogueurs africains s’en emparent : au Kenya, des reporters indépendants documentent la vie urbaine ; en Côte d’Ivoire, des collectifs racontent les cultures locales ; au Sénégal, des créateurs numériques popularisent l’entrepreneuriat social. Ces initiatives rééquilibrent le récit, mais elles doivent être soutenues :
• Les médias locaux doivent investir dans la production originale ;
• Les écoles de journalisme doivent ancrer la formation dans les réalités africaines ;
• Les citoyens doivent s’engager activement contre les narratifs toxiques.
Une question stratégique, pas symbolique
Une information biaisée prive l’Afrique de son potentiel, de ses ressources et de sa voix. Reprendre le contrôle du récit n’est pas une affaire d’orgueil : c’est une stratégie de développement et de souveraineté. Chaque Africain, qu’il soit journaliste, artiste, entrepreneur ou citoyen, peut contribuer à ce redressement narratif pour que le monde voie enfin le continent tel qu’il est, divers, innovant et résilient.
Sources :
Africa No Filter, Rapport 2021 sur la couverture médiatique africaine
Global Media Index for Africa 2024
Étude sur l’impact économique des perceptions biaisées (2024)
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