Réalisé par Mariame Soma, journaliste à Nouvelles Afrique
Neveu et homonyme de l’ancien président João Bernardo “Nino” Vieira, figure historique de l’indépendance de la Guinée-Bissau, João Bernardo Vieira incarne une nouvelle génération de leadership dans un pays marqué par l’instabilité politique. Candidat à la prochaine présidentielle, il prône une rupture dans les méthodes mais une continuité dans les valeurs : indépendance, justice sociale et unité nationale. Dans cet entretien exclusif, il revient sur son héritage, sa vision pour la Guinée-Bissau et les défis qui l’attendent.
Mariame Soma : En tant que neveu et homonyme de l’ancien président João Bernardo “Nino” Vieira, figure emblématique de l’indépendance guinéenne, comment cet héritage influence-t-il votre vision du leadership aujourd’hui ? Voyez-vous votre candidature comme une continuité ou une rupture avec son legs, surtout dans un pays qui a connu tant d’instabilité depuis 1974 ?
João Bernardo Vieira : Mon oncle, João Bernardo “Nino” Vieira, a marqué l’histoire de notre pays par son courage, sa détermination et son amour profond pour la Guinée-Bissau. Cet héritage m’inspire, mais il ne me définit pas entièrement.
Je ne suis pas candidat pour prolonger un nom, mais pour servir un peuple.
Je crois à une continuité dans les valeurs : l’indépendance, la dignité nationale, la justice sociale, mais à une rupture dans les méthodes. Le leadership aujourd’hui doit être collectif, transparent et tourné vers l’avenir.
Notre pays n’a pas besoin d’un homme fort, mais d’institutions fortes. C’est cela, la véritable évolution du legs de Nino Vieira.
Mariame Soma : Quelles expériences personnelles ou professionnelles vous ont préparé à affronter les crises politiques et militaires récurrentes en Guinée-Bissau, comme le dernier coup d’État de 2012 ? Pouvez-vous partager un moment clé de votre vie qui a forgé votre engagement patriotique ?
João Bernardo Vieira : J’ai travaillé dans plusieurs secteurs, publics comme privés, et j’ai vécu de près les réalités de nos citoyens.
En 2012, lors du coup d’État, j’ai vu notre pays sombrer à nouveau dans l’incertitude. Ce fut pour moi un électrochoc : j’ai compris que notre peuple méritait mieux.
Mon engagement patriotique s’est forgé à ce moment-là. J’ai décidé de consacrer mon expérience, mes relations et mon énergie à reconstruire un État stable, juste et prospère, un État qui protège au lieu d’effrayer.
Mariame Soma : Vous avez récemment déclaré que « nul ne peut arrêter la mer avec ses bras » et que votre heure a sonné. Comment évaluez-vous le soutien populaire actuel, au vu du consensus des observateurs qui vous voient comme le grand favori parmi les douze candidats validés ? Quelles « surprises » préparez-vous pour vos meetings imminents afin de mobiliser la jeunesse et les femmes, piliers de votre programme ?
João Bernardo Vieira : Cette expression reflète une vérité simple : quand une vague du peuple se lève, rien ne peut l’arrêter.
Partout où je vais, je sens cet élan, cette envie de changement profond, pacifique et durable. Les femmes, les jeunes, les travailleurs, la diaspora, tous portent ce mouvement.
Nos “surprises”, ce sont des engagements concrets : des projets de formation professionnelle pour 50 000 jeunes en cinq ans, des microcrédits pour les femmes rurales, des investissements dans l’économie verte et les énergies renouvelables.
Mais la plus grande surprise, c’est la sincérité : une campagne propre, sans achat de conscience, fondée sur la vérité et la confiance.
Mariame Soma : Face à Umaro Sissoco Embaló, le président sortant dont la candidature a été validée par la Cour suprême, en quoi votre campagne se distingue-t-elle concrètement ? Comment comptez-vous transformer votre position de challenger en une victoire incontestable le 23 novembre ?
João Bernardo Vieira : Ma différence, c’est la vision. Je ne cherche pas à conserver le pouvoir, mais à construire un pays.
Là où d’autres divisent, je rassemble. Là où certains promettent, je planifie.
Nous avons bâti une coalition citoyenne, non partisane, fondée sur des valeurs de compétence, d’unité et de transparence.
Le 23 novembre, la victoire viendra de la participation massive du peuple. Nous veillerons à la sécurité du scrutin, à la surveillance citoyenne et à la transparence totale des résultats.
Notre victoire sera celle de la Guinée-Bissau, pas d’un clan.
Mariame Soma : Votre programme met l’accent sur une gestion rigoureuse des ressources naturelles et un partage équitable des richesses. Quelle mesure phare mettriez-vous en œuvre dès les premiers mois d’un mandat pour lutter contre la pauvreté et promouvoir la prospérité ?
João Bernardo Vieira : Ma première mesure sera la création d’un Fonds national pour la transformation locale, financé par les ressources naturelles, notamment la noix de cajou, la pêche et le bois, afin que les richesses du pays profitent enfin à ceux qui les produisent.
Ce fonds permettra d’investir dans des unités locales de transformation, de créer des emplois et de réduire la dépendance à l’importation.
La prospérité viendra quand chaque citoyen verra le fruit de son travail dans son assiette, dans l’école de son enfant et dans la dignité de son foyer.
Mariame Soma : Vous promettez un État de droit garantissant les libertés individuelles et une sécurité renforcée. Comment comptez-vous briser le cycle des coups d’État et des gouvernements éphémères qui ont miné la Guinée-Bissau depuis l’ère d’Amílcar Cabral ? Quel rôle jouera la réforme des forces armées dans votre plan ?
João Bernardo Vieira : Nous devons transformer nos forces armées en forces républicaines, non politiques, au service de la nation.
Mon plan prévoit un programme de réforme et de professionnalisation de l’armée, soutenu par des partenaires internationaux, avec une meilleure formation, une rémunération digne et une mission claire : défendre le territoire, non intervenir dans la politique.
En parallèle, je renforcerai la justice et le parlement pour créer un véritable équilibre des pouvoirs.
L’État de droit ne sera pas un slogan, ce sera un contrat moral entre le peuple et ses institutions.
Mariame Soma : L’inclusion de la diaspora et des segments oubliés de la population est un thème récurrent dans vos discours. Comment intégrerez-vous concrètement les Bissau-Guinéens de l’étranger dans le redressement national ? Quelles politiques spécifiques visez-vous pour la promotion féminine et l’autonomisation des jeunes ?
João Bernardo Vieira : La diaspora est notre sixième région : elle contribue déjà puissamment à notre économie par les transferts et les idées.
Nous créerons un programme pour nos compatriotes à l’étranger, chargé de faciliter les investissements, le retour des compétences et la participation politique.
Pour les femmes, je veux une Guinée-Bissau où elles ne soient plus seulement les gardiennes du foyer, mais les architectes du développement : accès au crédit, quotas politiques, alphabétisation rurale.
Quant à la jeunesse, elle sera au cœur du projet : éducation, innovation, entrepreneuriat, emploi. C’est là que se joue notre futur.
Mariame Soma : Si vous devenez président, comment comptez-vous faire de la Guinée-Bissau un « îlot de prospérité » au milieu des tensions régionales ? Quelles alliances internationales prioriserez-vous pour soutenir votre agenda ?
João Bernardo Vieira : La stabilité sera notre première richesse. Dans une région tourmentée, la Guinée-Bissau doit être un modèle de paix et de coopération.
Nous renforcerons notre rôle au sein de la CEDEAO et de l’Union africaine, tout en tissant des partenariats équilibrés avec l’Union européenne, le Brésil et la Chine, selon nos intérêts.
Mais surtout, nous investirons dans notre diplomatie verte : protéger notre biodiversité, nos forêts, nos îles, pour attirer les financements climatiques et le tourisme durable.
La Guinée-Bissau peut devenir un petit pays à grande influence, grâce à sa stabilité et à son exemplarité écologique.
Mariame Soma : Vous affirmez être « le président de tous les Bissau-Guinéens ». Dans un scrutin potentiellement tendu, comment garantirez-vous une transition pacifique et inclusive, évitant les divisions ethniques ou régionales qui ont souvent exacerbé les crises passées ?
João Bernardo Vieira : Je ne gouvernerai pas pour un parti, mais pour un peuple.
Dès le soir de ma victoire, j’appellerai mes concurrents au dialogue et à l’unité nationale.
Je proposerai un gouvernement d’ouverture, représentatif de toutes les régions et sensibilités du pays.
Les divisions ethniques n’ont jamais été l’âme de la Guinée-Bissau ; elles ont été instrumentalisées.
Notre diversité est notre force, et je veillerai à ce que chaque citoyen, du nord au sud, se sente écouté, respecté et protégé.
C’est ainsi que nous tournerons enfin la page des rancunes pour écrire celle de la renaissance.
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