Mohamed Ibrahim
El Fasher n’est plus une ville, mais un champ de ruines quadrillé par des drones. Depuis la prise de la capitale du Darfour-Nord par les Forces de soutien rapide (RSF), la guerre civile soudanaise a changé de visage. Ce n’est plus un conflit localisé : c’est une opération de nettoyage ethnique assistée par technologie.

Les RSF, dirigées par le lieutenant-général Mohamed Hamdan Dagalo, utilisent désormais des drones armés pour repérer, cibler et anéantir. Les frappes sont suivies par des unités d’exécution au sol, chargées de « sécuriser » les zones. Ce double dispositif, surveillance aérienne et exécution directe, transforme la guerre en mécanique de mort automatisée.
L’horreur s’est cristallisée en une nuit.
Le Centre hospitalier saoudien, dernier établissement encore fonctionnel à El Fasher, a été vidé de ses 460 occupants. Patients, infirmiers, enfants réfugiés : aucun n’a survécu.

Toutes ces personnes ont été alignées puis exécutées sommairement.
Des vidéos, vérifiées par le Réseau des médecins soudanais, montrent des cadavres alignés dans les couloirs, des lits incendiés, des ambulances réduites à des carcasses noircies. L’Organisation mondiale de la santé a qualifié cette attaque de « massacre systématique ».
Ce n’est pas une bavure. C’est une méthode.
Pour Nathaniel Raymond, directeur du Laboratoire de recherche humanitaire de Yale, le Darfour est devenu un laboratoire de guerre.
« Nous assistons à une chasse à l’homme conduite par les airs », explique-t-il. « Les drones repèrent, les milices achèvent. »
Ces appareils, souvent d’origine étrangère, patrouillent sans relâche au-dessus des quartiers civils. Ils traquent les déplacements nocturnes, identifient les rassemblements, désignent les cibles.
Puis les pick-up des RSF interviennent, armes automatiques au poing. Les drones restent en vol, filment, enregistrent. Les images deviennent preuves autant qu’armes.

Vues avant et après de l’hôpital pour enfants d’El Fasher.
Crédit : @vantortech.
Coordonnées : 13.621, 25.382.
Vingt ans après les massacres du Darfour, l’histoire se répète.
Les RSF ne sont pas une force nouvelle. Elles descendent directement des Janjawids, ces milices arabes accusées d’avoir tué plus de 200 000 personnes entre 2003 et 2005.
Aujourd’hui, selon plusieurs diplomates, l’ampleur de la violence pourrait dépasser celle du Rwanda. Les États-Unis ont déjà évoqué le terme de génocide. Le mot est lourd, mais les faits le soutiennent : villages effacés, populations noires ciblées, fosses communes repérées par satellite.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme parle d’une « destruction systématique du tissu civil ». Les témoignages recueillis décrivent des scènes d’exécution, de viols collectifs et de déportations forcées. Dans plusieurs cas, les drones auraient servi à localiser les fugitifs dans le désert avant leur élimination.
Malgré la gravité des faits, la couverture médiatique reste marginale.
Dans les capitales africaines, la réaction est inexistante. Aucune prise de position ferme, aucun sommet d’urgence. Pendant que les chancelleries occidentales expriment leur « inquiétude », les civils continuent de mourir.
Récemment, Donald Trump a évoqué la persécution des chrétiens au Nigeria, suscitant une vague de réactions internationales. Mais pour les populations noires du Darfour, du Sahel et du Soudan, aucune voix politique majeure n’a pris la parole avec la même force.
Cette différence de traitement traduit un déséquilibre médiatique profond : certaines vies pèsent moins que d’autres dans le récit mondial. Ce silence sélectif est devenu l’un des visages les plus cruels de la modernité.
Le Darfour n’est plus seulement un territoire en guerre.
C’est un miroir tendu au continent africain.
Pendant que les drones de la RSF sillonnent les cieux, l’Afrique politique détourne les yeux. Les organisations régionales se contentent de communiqués sans portée. Les puissances extérieures, elles, redoutent un nouvel enlisement.
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