Aujourd’hui 25 octobre 2025 les Ivoiriens se rendent aux urnes pour élire leur président. Ce scrutin qui pourrait illustrer la vitalité démocratique se déroule pourtant dans un ciel assombri. Alassane Ouattara, en poste depuis 2011, vise un quatrième mandat à l’âge de 83 ans. Derrière l’apparence d’un vote organisé se profile un contrôle accru du pouvoir qui divise le pays, protège ceux accusés de crimes de guerre, affaiblit l’opposition et détourne la justice.
Sous ce régime la Côte d’Ivoire connaît un accroissement des tensions ethniques et régionales. Le Nord, proche du parti au pouvoir, concentre l’influence tandis que le Sud se sent marginalisé. Des personnalités comme Laurent Gbagbo ou Tidjane Thiam ont été exclues du scrutin après des décisions contestées. Le mouvement Human Rights Watch qualifie ces exclusions de politiquement motivées. À Abidjan les manifestations d’août 2025 contre ces exclusions ont été massives et ont été réprimées, selon Amnesty International. Des rapports comme celui de l’International Crisis Group alertent sur le risque d’une escalade violente après le scrutin, rappelant les milliers de morts de la crise de 2010.
Des anciens chefs rebelles qui avaient soutenu Ouattara continuent d’échapper à la justice alors que d’autres sont poursuivis. Par exemple Amadé Ouérémi a été condamné à vie en avril 2021 pour son rôle dans les massacres de Duékoué en 2011. Pendant ce temps les partisans de l’ancien président Gbagbo sont poursuivis sans relâche. Cette justice à deux vitesses alimente la colère dans le Sud où se cristallise un sentiment de trahison de la réconciliation nationale.
L’opposition peine à exister dans des conditions équitables. Le Conseil constitutionnel est perçu comme proche du pouvoir. Il a écarté des candidats majeurs, ce que plusieurs médias comme Le Monde qualifient de purge politique. Des arrestations lors de manifestations ont été rapportées par Indigo Côte d’Ivoire. Les appels au boycott du PDCI et du PPA-CI illustrent le désespoir de nombreux électeurs face à un scrutin perçu comme verrouillé. L’accès aux médias reste largement dominé par le parti au pouvoir, ce que confirme Reporters sans frontières, qui classe la Côte d’Ivoire à la 64e place mondiale pour la liberté de la presse.
La justice quant à elle est utilisée comme instrument de pouvoir. Des militants ont été arrêtés et détenus après des manifestations pacifiques dans des conditions dénoncées par Amnesty International. L’Institut V-Dem classe la Côte d’Ivoire parmi les régimes à façade électorale mais aux pratiques autoritaires. Le Conseil constitutionnel n’apparaît plus comme un arbitre indépendant. Même la Cour pénale internationale qui a acquitté Gbagbo et Blé Goudé n’a pas enquêté sur les crimes de certaines forces alliées au pouvoir, renforçant l’idée d’une justice sélective.
Toutes ces dérives fractures ethniques impunité politique marginalisation de l’opposition et justice instrumentalisée mettent en danger la démocratie ivoirienne. Une forte abstention est attendue, surtout dans le Sud selon l’International Crisis Group, ce qui pourrait légitimer un président sans véritable mandat populaire. La communauté internationale observe cette situation avec inquiétude. Sans audit indépendant du corps électoral, dialogue politique sincère et fin de l’impunité, le pays court vers une nouvelle crise.
Quand les résultats seront annoncés, nous, journalistes, aurons le devoir de rappeler qu’une élection sans véritable concurrence n’est pas un triomphe mais un recul pour la démocratie.
Sources principales
Reuters • Human Rights Watch • Amnesty International • France 24 • Le Monde • Jeune Afrique • RSF • Africa Confidential • V-Dem • International Crisis Group
En savoir plus sur Nouvelles Afrique
Subscribe to get the latest posts sent to your email.






