Les élections présidentielles au Cameroun semblent illustrer la maxime du poète Horace : « Bis repetita placent », les choses répétées finissent par plaire. Les résultats publiés le 27 octobre 2025 ont confirmé, pour la huitième fois, la victoire du doyen des présidents en exercice, Paul Biya.
Cependant, au-delà de ce nouveau mandat que le natif de Mvomeka « aurait voulu » éviter, les résultats du scrutin du 12 octobre révèlent deux réalités.
La première est évidente : cette victoire laborieuse, presque à la Pyrrhus, sonne comme une sanction populaire. Un peuple épuisé, pressé de toutes parts et désabusé a exprimé son rejet d’un régime qui ne convainc plus. Le faible score du candidat du RDPC traduit l’essoufflement d’un électorat lassé par des promesses restées lettres mortes. Entre un taux d’abstention proche de 50 % et une participation morose, les Camerounais ont signifié leur défiance envers un jeu démocratique dont l’issue semble écrite d’avance.
La seconde réalité, tout aussi marquante, réside dans le vide stratégique et idéologique de l’opposition. Incapable de s’unir autour d’un projet commun, elle a manqué une occasion historique de renverser un pouvoir affaibli. Évoluant en rangs dispersés, les partis d’opposition ont offert à Paul Biya l’avantage décisif. Aimé Césaire résumait déjà ce constat : « Les foules qui ne savent pas faire foule. »
Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et défenseur du régime jusqu’à récemment, est devenu le principal challenger de celui qu’il servait encore quelques mois auparavant. Sa percée traduit moins une adhésion à son projet qu’un profond ras-le-bol collectif. Beaucoup ont préféré, par pragmatisme, accorder leur voix à Paul Biya, garant d’une certaine stabilité, plutôt qu’à un ancien proche du pouvoir dont le parcours politique inspire peu confiance.
Ainsi, à 92 ans, Paul Biya rempile pour un nouveau septennat, non par adhésion massive, mais par défaut. Sur plus de trente millions de Camerounais, à peine un peu plus d’un million de voix ont suffi à prolonger son règne. La démocratie, parfois, c’est aussi cela : la dictature du nombre.
En définitive, à défaut de l’avoir choisi, il faudra le subir. Comme le rappelait Thomas Sankara : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa propre révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. »
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