Nayouma Yé
La célébration du deuxième anniversaire de la libération de la ville de Kidal par les Forces armées maliennes, le 14 novembre 2023, offre l’occasion de revenir sur les revendications touarègues concernant le Nord du Mali et une partie du territoire nigérien. Ces revendications sont présentées comme ne reposant ni sur une base historique solide, ni sur une légitimité culturelle clairement établie au regard de l’histoire et des populations vivant dans ces régions.
Il convient de rappeler que la zone aujourd’hui revendiquée par le Mouvement national de libération de l’Azawad, devenu en 2014 Front de libération de l’Azawad, appartenait originellement à une province de l’Empire mandingue, contrôlée par Mansa Soundjata Keïta, dont l’influence s’étendait des rives du fleuve Niger jusqu’à l’océan Atlantique.
L’Empire songhaï, dirigé par Sonni Ali Ber, succéda ensuite à celui du Mali, avec une emprise territoriale comparable et s’étendant même selon certaines sources vers la région du Gourma.
À la suite de la défaite de l’Empire songhaï en 1592 face aux troupes marocaines, certaines populations touarègues ont progressivement établi leur présence à Kidal et à Tombouctou, aujourd’hui revendiquées comme zones leur revenant. La reconfiguration géopolitique et historique qui s’est opérée à partir de cette période s’est développée sous l’influence de plusieurs facteurs, notamment les relations avec d’autres communautés du Nord ainsi que le rôle déterminant de la colonisation française, qui a profondément modifié les dynamiques politiques de la région.
Dès 1916-1917, des insurrections armées opposent certains groupes touaregs aux autorités du Niger et du Mali, phénomène qui ressurgira en 1962-1964, puis au cours des conflits armés de 1990-1996 et 2007-2009, engendrant des conséquences humaines, sociales et économiques importantes.
La prise de Kidal le 17 janvier 2012 marque un nouveau tournant dans les tensions régionales. La chute de Mouammar Kadhafi en 2011 a favorisé le retour dans la zone de combattants lourdement armés ayant transité par la Libye. La reconquête de la ville en novembre 2023 a été présentée par les autorités maliennes actuelles comme une étape importante dans la restauration de la souveraineté nationale.
Les villes de Kidal, Tombouctou et Gao demeurent des espaces de cohabitation culturelle et identitaire, mais sont historiquement associées au Soudan occidental dans plusieurs référentiels historiques africains.
Certaines analyses relèvent également l’implication d’acteurs étrangers dans les tensions actuelles. Selon des révélations relayées par la presse occidentale, notamment Le Canard Enchaîné, le Qatar jouerait un rôle de soutien financier dans la rébellion en cours, tandis que l’Algérie constituerait un espace d’appui logistique. Ces enjeux seraient liés à la lutte d’influence autour des ressources stratégiques du Sahel.
Dans ce contexte, plusieurs observateurs appellent à une reconfiguration des relations diplomatiques, ainsi qu’à une clarification des partenariats internationaux, afin de préserver la stabilité et la souveraineté des États de la région.
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