Par Nayouma Yé
L’histoire sociopolitique de la République centrafricaine (anciennement colonie française appelée Oubangui-Chari) s’apparente à une tragédie grecque qui prend ses racines dans la mort du premier président de la République, Barthélémy Boganda, décédé dans un accident d’avion le 29 mars 1959, à l’orée de l’indépendance formelle de son pays.
Comme tous les grands hommes politiques de l’époque ayant une claire perception des enjeux, il avait le panafricanisme chevillé au corps et rêvait de faire de son pays « l’embryon d’une république fédérale qui comprendrait les anciennes colonies de l’Afrique équatoriale française, creuset d’un vaste mouvement d’émancipation sociale du peuple noir à l’échelle de l’Afrique. »
Celui qui voulait « libérer l’Afrique et les Africains de la servitude et de la misère » mourut dans des conditions troubles, laissant ses compatriotes désemparés face à ce vide immense.
Il faut dire que ceux-ci avaient des raisons de s’inquiéter, car la suite de l’histoire tourna à la tragi-comédie, voire à la bouffonnerie, avec comme point culminant la « consécration » de Jean-Bedel Bokassa comme empereur en 1977, dans un pays croulant sous une misère crasse due à sa gestion scabreuse du pouvoir d’État.
Ange-Félix Patassé et François Bozizé furent des « succédanés démocratiques » de ce satrape, si bien que le pays connut deux décennies de crises militaro-politiques, avec des milices à la solde de puissances étrangères, principalement la France, désireuse d’exploiter ad vitam aeternam ce pays au potentiel immense, mais classé parmi les plus pauvres de la planète dans les palmarès fantaisistes des institutions internationales.
Autre marionnette, Michel Djotodia, qui, à la tête d’une alliance de milices (la Séléka), renversa Bozizé en 2013 pendant la deuxième guerre civile centrafricaine. Un long intermède de sang, de douleur et de larmes avant l’arrivée, en février 2016 (investi en mars de la même année), de Faustin-Archange Touadéra, qui incarne depuis l’espoir d’une rédemption pour ses compatriotes.
Cet intellectuel de haut vol, féru de sciences exactes et sociales, a su, par un jeu de renversement diplomatique, non seulement contenir et mater les diverses factions rebelles, mais aussi remettre l’économie sur les rails. Plus question de dilapider les fonds publics dans les financements occultes franco-africains.
La gestion vertueuse et la lutte acharnée contre la corruption et les prévarications de toutes sortes sont désormais le credo du président Touadéra. Quoi de plus normal qu’il soit adoubé par ses compatriotes, prêts à lui accorder quasiment un mandat à vie à la tête du pays – du moins le temps nécessaire pour achever la refondation du pays et laisser aux générations futures celui dont rêvait son mentor Boganda : un pays où chaque Centrafricain pourra manger à sa faim, se soigner, se loger et travailler pour le bénéfice de la nation entière.
L’homme comme finalité du développement, en définitive.
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